Geneviève Jeanson a bel et bien reçu des injections d'érythropoïétine (EPO) administrées par le Dr Maurice Duquette, a déclaré la cycliste québécoise dans une entrevue qui devait être diffusée à l'émission Enquête, jeudi soir, sur les ondes de la Société Radio-Canada.
Il s'agit de la deuxième partie d'un reportage qui avait d'abord été présenté jeudi dernier à la même émission. Dans la première partie, Jeanson avait avoué s'être dopée à partir de l'âge de 16 ans.
Il y a quelques années, après avoir plaidé coupable à une accusation d'avoir administré, une fois à des fins diagnostiques, de l'EPO à Jeanson, le Dr Duquette s'était ensuite rétracté. Il avait reçu une mise en demeure de l'avocat de Jeanson.
Dans la deuxième partie du reportage sur la cycliste québécoise à l'émission Enquête, la principale intéressée confirme que le chirurgien orthopédiste montréalais lui a injecté de l'EPO.
«Pas juste une fois. Il m'a injecté plus qu'une fois», a révélé la jeune femme maintenant âgée de 26 ans.
La première fois est survenue en 1998, quand Jeanson avait 16 ans. Elle souffrait alors d'anémie.
«J'étais tellement fatiguée, a-t-elle dit. Il y avait deux options: prendre une saison de congé pour me refaire une santé ou prendre de l'EPO et se «clairer» de ça.»
Avant de tout nier en bloc, André Aubut, l'entraîneur de Jeanson, a admis avoir accompagné Jeanson parce qu'ils voulaient connaître les avantages de l'utilisation de l'EPO. Ensuite, Geneviève et lui prendraient une décision, expliquait-on sur le site internet de Radio-Canada, jeudi, quelques minutes avant la diffusion du reportage.
Sauf qu'Aubut n'était pas seul avec sa protégée dans le bureau du Dr Duquette. Yves Jeanson, le père de Geneviève, était également présent.
«Je n'ai pas demandé si c'était dangereux. Je voulais qu'elle prenne du poids et qu'elle ne fasse plus d'anémie. Je ne savais pas que le Dr Duquette lui avait injecté de l'EPO plus qu'une fois», a déclaré M. Jeanson.
Selon les médecins interrogés par l'équipe d'Enquête, l'EPO n'est pas du tout appropriée comme traitement pour soigner l'anémie.
Son père a dit avoir commencé à avoir des soupçons lorsque sa fille a été exclue de la course sur route des championnats du monde à Hamilton, en 2003, pour avoir présenté un taux d'hématocrite plus élevé que la normale de 47 fixée par l'Union cycliste internationale (UCI).
«Elle nous a juré à ma femme et moi que si elle en avait pris, elle n'en prendrait plus, a expliqué Yves Jeanson. Je ne pouvais pas dénoncer mon enfant. Jamais de la vie un parent ne va dénoncer son enfant.»
Geneviève Jeanson explique, dans le reportage, que le Dr Duquette lui a donné de l'EPO pendant une courte période au début de sa carrière. Elle n'a toutefois pas voulu préciser comment elle s'en procurait par la suite, notamment aux États-Unis, se contentant de dire qu'il est facile d'en trouver sur internet ou dans les gymnases.
Elle a aussi admis que sa tente hypoxique lui servait d'alibi et que la dernière fois qu'elle l'avait utilisée, c'était lors des Jeux olympiques de Sydney en 2000.